Le projet de loi d’urgence agricole a été adopté la nuit dernière.
J’ai voté contre et je veux être très clair sur les raisons de ce choix.
Lorsque ce texte est arrivé pour la première fois à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire au printemps dernier, il ne contenait aucune mesure de réintroduction des néonicotinoïdes interdits en France. J’avais alors voté Pour. Mais j’avais toutefois déjà exprimé des réserves en défendant plusieurs amendements pour renforcer la protection de l’eau, des zones humides et de la biodiversité.
Je l’avais dit très clairement : si le texte devait être dégradé au cours de la navette parlementaire, je ne pourrais plus le soutenir.
C’est exactement ce qui s’est passé la nuit dernière.
Au Sénat, la droite dure s’est permise la réintroduction de l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France. Cette disposition a ensuite été maintenue dans le texte issu de la commission mixte paritaire qui réunissait 7 sénateurs et 7 députés.
C’était pour moi une ligne rouge.
J’avais déjà voté contre la loi Duplomb à cause de l’acétamipride : elle avait profondément fracturé la société autour de la question agricole. J’avais alors dit que je ne pouvais pas accepter que la réponse aux difficultés de nos agriculteurs consiste à réintroduire des pesticides interdits et à opposer systématiquement agriculture et environnement.
Je ne pouvais pas, quelques mois plus tard, voter une nouvelle fois pour un texte qui reprend cette même logique.
Je comprends parfaitement les difficultés rencontrées par certaines filières. Je sais la détresse de nombreux agriculteurs face aux impasses agronomiques, aux aléas climatiques, aux charges qui augmentent et à des revenus qui ne permettent plus de vivre dignement de son travail.
En réalité, nous devons être à la hauteur de ce qu’attendent réellement nos agriculteurs et de ce que nous leur devons.
Clairement ce texte ne l’est pas.
Plutôt que de parler aussi fort de l’acétamipride, nous aurions dû parler beaucoup plus fort du revenu agricole.
Plutôt que de revenir sur des interdictions, nous aurions dû renforcer l’accompagnement financier des agriculteurs dans les transitions nécessaires car incontournables : la brutalité des séquences météorologiques inédites nous le rappelle.
Plutôt que de fragiliser les équilibres de la gouvernance de l’eau, nous aurions dû construire davantage de solutions adaptées à chaque territoire, dans la concertation et la confiance.
Je ne nie pas les avancées contenues dans ce texte. Certaines mesures sont nécessaires et bienvenues : la clause miroir, qui vise à garantir à nos producteurs une concurrence plus loyale ; l’objectif de 100 % de viandes françaises dans les cantines publiques ; le renforcement des SAFER pour mieux protéger le foncier agricole ; les avancées sur les négociations commerciales et la transparence des marges ; ou encore un meilleur accompagnement des éleveurs face aux conséquences indirectes de la prédation.
Mais un vote porte sur un texte dans son ensemble.
Et ce texte a été dénaturé.
Je refuse que l’on demande aux agriculteurs de choisir entre produire et protéger l’environnement. Je refuse que l’on fasse croire que la protection de l’eau, des sols et de la biodiversité serait l’ennemie de l’agriculture.
L’agriculture dépend de ces ressources. Elle ne peut pas se construire durablement contre elles.
Je crois à une agriculture forte, productive, innovante et rémunératrice. Je crois à la recherche, aux alternatives, à l’accompagnement des transitions et à la simplification des normes inutiles.
Je crois surtout que nous devons répondre aux vrais problèmes des agriculteurs : leur revenu, la répartition de la valeur, la transmission des exploitations, l'installation des jeunes, les conséquences du changement climatique et le financement des transitions.
C’est cela que nous devons à nos agriculteurs.
Pas des textes de circonstance qui, sous couvert d’urgence, réintroduisent des substances interdites et fragilisent les équilibres environnementaux.
J’ai voté pour le texte en première lecture, lorsqu’il était encore possible d’y voir une réponse utile à certaines difficultés du monde agricole.
J’ai voté contre le texte final parce qu’il a franchi une ligne rouge.
Ce vote n’est évidemment pas un vote contre l’agriculture. C’est un vote contre une mauvaise réponse aux difficultés de l’agriculture et contre une dérobade qui reviendra à désigner les agriculteurs comme des coupables des pollutions que déplorent l’ensemble de la société.
Mon engagement auprès de nos agriculteurs, de nos éleveurs et de nos viticulteurs est total depuis quatre ans et cela ne changera pas. Mais cet engagement ne m’interdit pas de voter en conscience lorsque je considère qu’un texte est contraire à la fois à l’intérêt général et à l’intérêt de celles et ceux qui font vivre nos territoires.
